8 janvier 2009

Sale temps

Elle m'a dit qu'elle n'allait sans doute pas revenir, finalement. Elle m'a dit ça sous la pluie pour que je ne puisse pas voir qu'elle ne pleurait pas. Sale temps.

Il y a eu comme un battement, le temps que l'idée s'implante dans ma tête. Ça met du temps à prendre racine, ces révélations-là. Alors je les ai regardés bêtement, elle et sa valise, elle et son aller simple à la main. Je l'ai regardée bêtement parce que ça, je sais faire.

Je me suis dit qu'elle était belle sous la pluie, et c'était terrible à constater. La fatigue des dernières nuits entamées par les préparatifs ne l'empêchait pas d'avoir ce truc, comme une lumière à l'intérieur. Avec ses yeux secs et ses joues pleines de pluie, celle qui m'annonçait qu'elle ne reviendrait pas était presque sereine. Face à moi, son calme et sa confiance. Ça m'avait toujours étonné chez elle, avant. Quand elle était là, je savais que le monde tournait rond. Et là, grain de sable dans la machine, et ça ne tournait plus pour moi.

Elle a choisi ses mots. Elle n'a rien dit qui pourrait me blesser. Ce n'était pas ma faute, elle s'est rendue compte qu'elle s'était trompée. Ce n'était pas ma faute, mais je n'étais pas le bon. Simplement, le bout de chemin qu'on avait fait ne la menait pas où elle aurait voulu. Alors, elle allait prendre un train qui ne reviendrait pas mais qui l'emmènerait où elle serait bien. Elle et sa confiance, elle et sa lumière, elles s'en allaient. J'étais là comme un con à la regarder mettre sa valise dans le taxi et me priver paisiblement de son rayonnement, parce qu'elle a confiance, parce qu'elle sait que cette fois, elle va prendre le bon train.

Sourire triste. Geste d'adieu. Claquement de portière et, dans mon champ de vision, son dernier regard en filigrane, superposé à l'image du taxi qui s'en va.

Ce n'est rien, de prendre un mauvais train. C'est bien pire de rester sur le quai.

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