11 janvier 2016

Amour - Séparation

Je n’ai jamais voulu repeindre l’atelier. Quand tu m’y as emmenée la première fois, j’ai de suite aimé les vieux lambris de ta petite maison et les taches multicolores que tu y faisais en peignant. Nous y passions des journées entières, je posais, tu peignais, nous buvions du thé et du vin. J’allais acheter de quoi dîner, je cuisinais pendant que tu finissais des détails, nettoyais tes pinceaux, rangeais tes toiles.

Un matin, tu étais maussade car la toile ne te satisfaisait pas et, buté, tu m’a fait poser jusqu’à la nuit. J’étais exténuée mais tu continuais à jouer de tes pinceaux et chercher de nouveaux mélanges de teintes. Tu réussissais à peindre la lumière en pleine nuit : tu ne copiais pas ce que tes yeux voyaient, tu créais une lumière qui venait de l’intérieur. Ce jour-là, j’ai voulu arrêter dix fois ; tu refusais d’un non. J’ai crié que j’avais besoin de bouger, que j’en avais assez, que je reviendrais. Ce jour-là, nous avons fait l’amour pour la première fois, dans l’atelier, mes mains sur les murs éclaboussés.

La lumière de la fin de l’après-midi y est toujours aussi belle. Des milliers de petits points de poussière y dansent pendant que je lis en buvant du thé et du vin.

Je vis dans ta maison, seule. Cette vieille petite maison sans confort et sans valeur, laissée en héritage.

Je n’ai jamais voulu repeindre l’atelier.

Amour - Rencontre

J’ai levé les yeux un jour et elle était là. Elle était déjà là avant mais je ne l’avais jamais vue. Est-ce qu’on est jamais prêt, pour ça ?

Bien sûr elle était belle, bien sûr je l’ai voulue au premier sourire. Bien sûr, on a parlé de tout et de rien, parfois l’un, souvent l’autre. J’ai aimé sa compagnie et ignoré ses absences. J’ai prêté mon épaule, parfois, à ses moments de tristesse. J’ai gardé dans ma main la chaleur de la sienne.

J’en ai rêvé et j’en ai perdu le sommeil.

Mais non, on ne fera pas d’histoires, promis. Ma vie n’est pas prête pour elle. Ou le contraire ? Qui sait, ailleurs, dans un autre monde, mais ni ici, ni maintenant, ni jamais. Le silence, le manteau de la nuit, pour mes sentiments enfouis.

Ainsi, rien à gâcher. Une belle histoire toujours neuve, jamais abîmée, et rien ne changera jamais.

Amies.

Amour - Rendez-vous

Il est six heures.

Il est six heures, ça veut dire qu’elle doit sortir de sa douche, là, maintenant. La peau humide, les joues rougies. Belle à mourir. Elle va se sécher, se faire belle alors qu’elle l’est déjà, tout ça pour moi dans une heure au café de la première fois.

Alors qu’elle sait déjà. Elle sait. Je sais qu’elle sait. J’ai dit ce qu’il fallait pour ça… Il faut que je te parle.

Crayon noir en main devant le miroir embué, pourquoi est-ce qu’elle joue encore ? Est-ce qu’elle essaie d’oublier qu’elle a la gorge serrée ? Elle met autant d’application que pour le premier soir, dans le même café ; elle peint, colore, dessine ses yeux qu’elle sait qu’elle brouillera tout à l’heure en noyant son œuvre. C’est peut-être pour ça qu’elle y met tant de soin, pour révéler les dégâts que je ferai bientôt plus profondément, là où ça ne se voit pas.

Je sais. Le cœur me serre, j’en ai mal à l’âme.


Il est six heures.