Je n’ai jamais voulu repeindre l’atelier. Quand tu m’y as emmenée la première fois, j’ai de suite aimé les vieux lambris de ta petite maison et les taches multicolores que tu y faisais en peignant. Nous y passions des journées entières, je posais, tu peignais, nous buvions du thé et du vin. J’allais acheter de quoi dîner, je cuisinais pendant que tu finissais des détails, nettoyais tes pinceaux, rangeais tes toiles.
Un matin, tu étais maussade car la toile ne te satisfaisait pas et, buté, tu m’a fait poser jusqu’à la nuit. J’étais exténuée mais tu continuais à jouer de tes pinceaux et chercher de nouveaux mélanges de teintes. Tu réussissais à peindre la lumière en pleine nuit : tu ne copiais pas ce que tes yeux voyaient, tu créais une lumière qui venait de l’intérieur. Ce jour-là, j’ai voulu arrêter dix fois ; tu refusais d’un non. J’ai crié que j’avais besoin de bouger, que j’en avais assez, que je reviendrais. Ce jour-là, nous avons fait l’amour pour la première fois, dans l’atelier, mes mains sur les murs éclaboussés.
La lumière de la fin de l’après-midi y est toujours aussi belle. Des milliers de petits points de poussière y dansent pendant que je lis en buvant du thé et du vin.
Je vis dans ta maison, seule. Cette vieille petite maison sans confort et sans valeur, laissée en héritage.
Je n’ai jamais voulu repeindre l’atelier.
11 janvier 2016
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