Kate est assise sur un banc au coin de la petite place. Elle est immobile et droite et ne semble pas sentir le froid. Sac sur les genoux, mains sur le sac, elle jette un oeil régulièrement au clocher dans son champ de vision. De temps en temps, une main quitte le sac pour rajuster sa jupe ou ses bracelets.
Avant de venir sur la place, elle a vu Franck. Ils ont passé un merveilleux début d’après-midi au parc. Il faisait beau, très clair et un brin frileux ; le printemps à la porte, l’herbe qui pointe son nez entre les allées. Kate et Franck se sont promenés en plaisantant, ont acheté une glace à un stand ambulant et l’ont mangée avec plaisir malgré la température ; Kate riait et lançait des regards pétillants à son amant. Elle adorait ce bel homme plein de charme qui l’emmenait aux spectacles, aux night shows amusants, aux soirées où l’on boit du champagne en dansant. Auprès de lui, Kate se sentait espiègle et féminine. Après leur escapade, ils allaient en général à l’hôtel où Franck s’était occupé de réserver une chambre et ils faisaient l’amour suavement. Aujourd’hui aussi, en sortant du parc, Franck l'a emmenée dans un hôtel où deux heures ont passé. Ensuite, il l’a déposée près de la gare en allant rejoindre sa femme et son fils au club et Kate est allée attendre le train du soir sur la petite place vide.
Dans trois heures, elle prendra ce train pour rejoindre Marc. Marc est son mari. Ils fêtent leur anniversaire aujourd’hui, il l’invite dans son restaurant préféré. Kate adore Marc, il est toujours si gentil, romantique, prévenant et aimant. Elle aime quand il l’emmène au musée, en balade en auto le dimanche, en week-end à la campagne. C’est un homme bon et rassurant et, auprès de lui, Kate se sent tendre et rassurée. Quand Marc lui parle de fonder une famille, elle s’imagine en mère aimante entourée de son mari et de leurs deux mignons enfants et elle sourit avec beaucoup de tendresse tant l’image est plaisante. Ce soir, ils passeront un moment doux, romantique, elle mettra une robe comme Marc aime, elle sera élégante, raffinée, subtile.
Mais pour l’instant, Kate est assise sur un banc au coin d’une petite place. L’air se rafraîchit ; Kate ne frissonne pas. Ses beaux cheveux châtains, si bien mis tout à l’heure, se baladent à présent au gré d’un petit vent autour de son visage, tout dérangés par le passage à l’hôtel. Son visage ne reflète pas la joie espiègle de l’après-midi, ni le bonheur anticipé du soir. Il n’est pas triste pour autant ; simplement, Kate attend. Son visage est vide car il n’y a personne ; Franck est parti, Marc n’est pas là, Kate n’a personne pour lui dire qui elle est. Sans le regard d’un homme qu’elle aime, Kate est vide comme ce beau visage encadré de châtain.
Mais dans trois heures, elle prendra le train du soir, ira rejoindre son mari et saura de nouveau qui être. Elle jette encore un oeil au clocher. Elle aura le temps d’arranger sa coiffure.
3 février 2016
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