8 avril 2009

4_Tristesse

C’est doux, la tristesse. C’est une mer qui déborde pour dire le mal d’avant, pour apaiser la douleur, pour être libre, après. C’est nécessaire, la tristesse, puis, parfois, ça part avec le temps. Parfois. C’est ce que je me dis quand ça va pas trop : qu’un jour je la retrouverai plus planquée dans mes vieux tiroirs, avec les photos et les chansons et les souvenirs. Un jour.

Mama blues
These words from you Mama
“Don’t be afraid no more”, “Always trust your heart”
These words I can hear them
When I’m falling asleep
They remember me you’re still around, Mama
When I miss the train
When it’s raining again
And my day’s going wrong
Or when I still can’t find a place where I belong
These words from you Mama
So warm when life is too empty
I wish I could hear them
When I’m falling asleep
I wish there’s someone around, Mama
‘Cause I missed my train
And it’s raining again
And my days are going wrong
And I still can’t find a place where I belong
I missed my train
It’s raining again
My days are going wrong
And I still can’t find a place where I belong

3_Marchandage

J’erre depuis tout ce temps, deux milliers d’ans peut-être, et cela va durer toujours. Je suis celui qui ne peut mourir. C’est ma peine, mon châtiment éternel, mon insupportable récompense. Quelle récompense pour le sacrifice que j’ai consenti, pour la plus horrible des trahisons, pour ce baiser de mort ! N’ai-je pas suffisamment payé à présent ? Ne peux-Tu mettre fin à ma souffrance, à cette mort qui me suis partout mais ne veut pas de moi ? Oui, j’ai eu la terrible faiblesse d’accepter Ton marché, mais Toi, Toi ! Tu t’es servi de moi et Tu ne me regardes plus ! Alors qu’il était écrit qu’il devait en être ainsi, alors même que c’est Toi qui écris ce qui doit être ! Tu voulais sacrifier une âme pour ton avènement ! Tu te dis Amour et tu joues avec les êtres pour assurer Ton règne, mais qu’es-tu !? Tu aurais pu me laisser mourir à cette corde, car les suicidés perdent leur âme en Enfer, cela n’aurait-il pu suffire ? Pourquoi ce châtiment, pour une mort que tu as Toi-même orchestrée ! Dieu ! N’entends-tu pas ma voix !? Je suis toujours là, moi, l’Iscariote, entends-moi !!!

16 mars 2009

2_Colère

Je préfèrerais qu’on ne me voie pas, qu’on ne me regarde pas. Je n’en peux plus de ceux qui veulent s’approprier mon être, qui veulent me comprendre au-delà de moi, me veulent malgré moi. Je ne le supporte pas ! Ils s’incrustent dans ma sphère, cherchent à interpréter mes phrases et mes non-dits, mes vêtements, mes bijoux, mes couleurs. Le moindre mot, le moindre regard est analysé, interprété, même si le mot est Stop, si le regard n’est pas de moi. Ils vont chercher là où n’y a rien, et trouvent quand même. Des monstres aux mille yeux à qui rien n’échappe, surtout ce qui est anodin, surtout ce qui est banal, tout est scanné, décortiqué, fouillé, ils ne s’arrêtent pas, même – surtout - quand ils dorment, c’est là qu’ils sont les pires, leurs rêves sont plus hantés que mes cauchemars, hantés par mille images que leurs yeux perçants ont presque vues, et c’est ça qui les ronge, les pousse à regarder encore, à déduire, les entraîne toujours plus loin dans leur observation vicieuse ! Mais si ça les ronge, autant que ça les tue, sinon moi, j’irai les leur crever, leurs mille yeux, leurs mille yeux !!!

4 mars 2009

1_Déni

Je n’aurais jamais cru qu’elle me regarderait comme ça. Mon Dieu, ce n’était pas n’importe quel regard ! Elle m’a regardé moi – moi ! Moi, la personne sous la silhouette, dans ce grand corps dégingandé, trop mince, mal foutu, moi, l’homme sous l’air d’ado mal mûri ! Il y avait dans ce regard tant de douceur, de compréhension, comme si elle regrettait que les autres s’arrêtent toujours à mon allure sans me regarder vraiment… Je comprends ce qu’elle a voulu dire, oui, c’est pareil pour elle, elle est trop belle, c’est ça que les gens regardent, jamais elle, jamais l’âme au fond du corps trop bien fait, sauf moi, toujours, c’est son âme que je vois quand je la regarde, chaque fois que je la regarde, et c’est pour ça que je la regarde souvent, je suis le seul à la regarder comme elle espère ! Et elle le sait, c’est tout ça qu’il y avait dans son regard ! Elle m’a remercié !

***

Il y a encore ce gars qui m’a dévisagée. Je lui ai décoché un regard genre T’es repéré mais ça suffit pas, c’est pire même, je le croise de plus en plus souvent. Je crois qu’il me suit.

200 mots ? Chiche.

Je me suis imposé un petit défi, pour le fun, pour voir si je saurais sortir un peu de mes sentiers battus, juste pour voir si j'étais cap' : écrire 5 textes d'exactement 200 mots chacun, avec un sujet imposé pour chaque mais un lien entre les sujets. Je me suis quand même gardé une liberté dans cette épreuve difficile : le choix des sujets. Pour faire plus sympathique, j'ai choisi les 5 étapes du deuil : déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation. Ça donne un peu tout et n'importe quoi, et en fait plutôt n'importe quoi... Oui, c'est ça que j'aime bien.

Voilà le résultat. Bientôt, en tout cas...

8 janvier 2009

Les bottes

Je suis encore passée devant la vitrine, là, celle qui est trop bien arrangée pour que les bottes soient en soldes, celle qui clashe, qui crie classe, waw, paillettes, glam chic, tout nouveau tout beau dans l'emballage. Celle qui doit avoir un creux en forme de mes semelles sur le trottoir devant. Je stationne tellement que la vendeuse me reconnaît, et je ne suis jamais entrée dans la boutique. Entrer, c'est risquer de me faire coller au train par la vendeuse spécialiste en surveillance rapprochée. Je me vois mal lui expliquer que non merci, Madame, je n'achète pas, je viens juste laisser une petite flaque de bave devant cette paire-ci, voyez-vous, les bottes en cuir noir, avec les trois boucles, là, tout juste bien sur le côté, et le bout rond, trop bien parce que pointu ça fait starlette, puis les semelles trash mais pas trop, le talon pas trop grand mais un peu quand même, et le prix à trois chiffres qui commence par 2, c'est-à-dire pas raisonnable, même en poussant la raison dans ses retranchements. Non Madame, je n'achète pas, et pourtant ce n'est pas faute d'avoir envie de ces bottes-là. Elles ont de la classe, elles s'affirment, c'est pas des chaussures de gamine ça, déjà faut au moins être jeune travailleuse pour se les payer, c'est trop beau pour de l'argent de poche de lycéenne, c'est de la trop belle qualité pour une gamine qui veut juste avoir l'air d'être mieux que ce qu'elle est, trop classe pour une jeunette encore mineure qui s'amuse à jouer les allumeuses avec un gars pas de son âge, et le mien en l'occurrence.

...

* Diling *

Bonjour ! Je vois que avez finalement décidé d'entrer... Vous avez choisi ?

Sale temps

Elle m'a dit qu'elle n'allait sans doute pas revenir, finalement. Elle m'a dit ça sous la pluie pour que je ne puisse pas voir qu'elle ne pleurait pas. Sale temps.

Il y a eu comme un battement, le temps que l'idée s'implante dans ma tête. Ça met du temps à prendre racine, ces révélations-là. Alors je les ai regardés bêtement, elle et sa valise, elle et son aller simple à la main. Je l'ai regardée bêtement parce que ça, je sais faire.

Je me suis dit qu'elle était belle sous la pluie, et c'était terrible à constater. La fatigue des dernières nuits entamées par les préparatifs ne l'empêchait pas d'avoir ce truc, comme une lumière à l'intérieur. Avec ses yeux secs et ses joues pleines de pluie, celle qui m'annonçait qu'elle ne reviendrait pas était presque sereine. Face à moi, son calme et sa confiance. Ça m'avait toujours étonné chez elle, avant. Quand elle était là, je savais que le monde tournait rond. Et là, grain de sable dans la machine, et ça ne tournait plus pour moi.

Elle a choisi ses mots. Elle n'a rien dit qui pourrait me blesser. Ce n'était pas ma faute, elle s'est rendue compte qu'elle s'était trompée. Ce n'était pas ma faute, mais je n'étais pas le bon. Simplement, le bout de chemin qu'on avait fait ne la menait pas où elle aurait voulu. Alors, elle allait prendre un train qui ne reviendrait pas mais qui l'emmènerait où elle serait bien. Elle et sa confiance, elle et sa lumière, elles s'en allaient. J'étais là comme un con à la regarder mettre sa valise dans le taxi et me priver paisiblement de son rayonnement, parce qu'elle a confiance, parce qu'elle sait que cette fois, elle va prendre le bon train.

Sourire triste. Geste d'adieu. Claquement de portière et, dans mon champ de vision, son dernier regard en filigrane, superposé à l'image du taxi qui s'en va.

Ce n'est rien, de prendre un mauvais train. C'est bien pire de rester sur le quai.

7 janvier 2009

Soirée Contes

J'ai eu le plaisir de participer à l'organisation d'une soirée contes à la mi-décembre. J'ai lu deux textes, pour mon plus grand plaisir, parce que c'est tout autre chose de lire calmement chez soi que de vivre un texte qu'on a approché, travaillé, apprivoisé, et qu'au final on restitue vivant et mis en scène. C'est quelque chose à la limite entre le théâtre et la lecture, et la limite est pas mal floue, ce qui est bien plaisant. Une de mes lectures était un texte de Ari Beck tiré du recueil "Les Runes du Pays des Elfes" (Ari Berk & Brian Froud). Comme on commençait par celui-là, je m'étais chargée d'écrire une intro à la soirée et au premier texte. Eh bien la voilà.

***

On ne vous racontera pas d'histoires.

On ne vous racontera pas d'histoires. Et si c'est le cas, sachez que ce n'est pas le but.

On est venu vous chercher. Tendez l'oreille, on vous tend la main, on vous emmène. Laissez-vous faire, laissez entrer les mots ; ce soir, les mots sont des vaisseaux fantasques qui vous emportent au Pays d'Ailleurs. Oh ! Cet Ailleurs n'est pas très loin, et même toujours un peu plus proche qu'on ne croit. Il laisse ses traces dans les musiques étranges des rêves encauchemardés, dans les cornes de brume des navires engloutis ; il est la poussière des greniers et des parquets qui craquent, la mousse des pierres où les trésors sont cachés, la bruyère des chemins qui se perdent en forêt. il est l'odeur des livres longtemps feuilletés, longtemps oubliés. Il est ici ce soir... écoutez !

Voici le premier vaisseau pour le départ. C'est un premier pas, un premier portique, la première pierre du chemin. Voici, pour notre premier pas ensemble, un vestige des mémoires du Pays des Elfes ; voici la Rune du Commencement. Comme toute Rune, elle possède une mémoire depuis longtemps oubliée, une signification perdue. Mais il est encore possible de l'invoquer. Le sortilège opère en trois temps : réciter le Charme de la Rune, écouter son Récit et en partager le Sens.

Les trois temps commencent... maintenant !

Les cons

Toi d'abord t'es qu'un sale con !

C'est vrai, d'abord, il y a les sales cons. Ceux qu'on passe son temps à éviter à la récré sinon, ils se moquent de vos lunettes, quand ils ne vous visent pas avec le ballon. C'est dur, les ballons lancés par les sales cons, puis ça fait pas bon ménage avec les lunettes.

Après, il y a les petits cons. Ça arrive parfois que les petits cons aient été des sales cons, mais c'est pas obligé : les petits cons sont subtilement plus rusés. Si les sales cons font pleurer, les petits cons font rire, d'abord. Ça peut même avoir du charme, un petit con. Le genre de charme qui marche sur les bigleuses : même si c'est par provoc, quand ils se moquent de vous, ils vous regardent à travers les lunettes. Les petits cons c'est utile : ça vous confirme qu'il y a bien une période dans la vie où être bigleuse, c'est pénible, mais c'était pas la phase cour-de-récré comme on l'a pensé un moment.

Bien sûr, il y a aussi les vrais cons. Mais ceux-là, on les repère tout de suite : Untel, il est con. Quand on est juste con, c'est que ça se passe de commentaire. On en croise toujours, pas moyen de les éviter, ils sont partout. Heureusement qu'au niveau camouflage, c'est zéro : au moins on ne se fait jamais avoir. C'est honnête, un vrai con.

Puis il y a les grands cons. Ceux-là, je les soupçonne d'être des petits cons qui ont grandi. Ils ont appris à être moins méchants et à rire d'eux aussi. Les grands cons, ça n'essaie plus de vous faire pleurer ; même, ça vous fait sourire. T'es un grand con, toi, tu sais. Ça vous regarde toujours à travers les lunettes : ils savent que la partie intéressante des gens elle est derrière. Ça vous force la tendresse. Parfois même ça vous serre le cœur en version grand-huit.

Il arrive que le temps change les grands cons du grand-huit en pauvres cons. Un pauvre con, c'est très proche d'un sale con, en plus amer. Alors, parfois, on les garde juste comme grand con préféré sans tenter le grand-huit. On ne perd pas ce qu'on n'a jamais eu.

Les bigleuses, ça fond pour les grands cons ; ça ne jure que par ceux qui regardent derrière les verres.

Moi, j'ai toujours quelques paires de lentilles one-day dans mon armoire... on ne sait jamais.

Hey !

Marrant ça ! Je savais pas que vous étiez là ! Enchantée, moi c'est Soph.

...Z'êtes chez moi, là, en fait. Je m'attendais pas à vous croiser là, enfin je me doutais bien que vous viendriez un jour, mais là c'est encore en travaux, voyez, c'est pas encore très beau, pis c'est encore un peu vide aussi.

Bah, tant pis après tout, z'êtes venu, restez un brin...

Thé, café ?

...